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C’est parce que je m’ennuie

Conversation avec Kwalay

Kwalay, j’ai l’impression de m’ennuyer et je ne sais quoi faire. Toi arrives-tu à t’ennuyer ? Si oui, comment arrives-tu à gérer cette situation ?

Très jeune déjà, je m’ennuyais tellement que si l’ennui tuait, je serais mort le jour même de ma naissance. Je trouvais la façon de vivre des gens que j’ai trouvés ici très ennuyeuse et pas seulement leur mode de vie, mais aussi la monotonie naturelle du temps.

Par exemple à l’école, je m’ennuyais tellement que j’ai découvert que rêver était un moyen de m’évader ; soit je dormais, soit je restais les yeux tournés vers la fenêtre et m’imaginais là-bas, loin avec les oiseaux du ciel, loin dans la rivière du village, loin. Mais le maître d’école me rappelait à la réalité avec un cri ou une frappe par-derrière la tête.

À l’église, c’était pire, à l’écale au moins il y avait les camarades, les jeux à la récréation, mais à l’église, c’était grave. J’avais l’impression que je devrais une fois pour toute mourir d’ennuis, pour peut-être aller enfin dans ce paradis avec lequel on me cassait les tympans. Les sermons du pasteur, les chansons sous forme de lamentations, les cris de supplication me rappelaient combien nous les humains, nous nous ennuyons ici sur terre à mourir .

C’est ainsi, dans ces situations que j’ai compris combien il était important de rêver et pourquoi tout le monde s’accroche tant à ses rêves même les plus cauchemardesques. N’est-ce pas peut-être pour fuir l’ennui ?

Pour cela, pour que je ne m’ennuie pas en attendant ma mort pour l’autre côté, on m’a donc tout donné. Mes parents, les pasteurs, les maîtres d’école, les médias ont tout mis à ma disposition, les jouets, les cartoons à la télévision, les séances de prières et sermons le dimanche, les matchs de football, les boîtes de nuits, les spectacles, les bars, les cafés, les restaurants,les fêtes nationales, les anniversaires, mariages,les ambitions à devenir ceci ou atteindre cela, la course à l’argent tout pour que je ne ressente pas que cette vie est ennuyeuse. Et je crois fermement qu’il a fallu que ces gens s’ennuient aussi pour créer toutes ces choses.

Et je me suis vraiment senti enfin occupé, j’avais tout pour ne pas m’ennuyer, tout pour ne plus devoir ressentir l’ennui. J’ai fait et refait toutes ces choses, mais hélas peu importe ce que je faisais, un vide, une insatisfaction se faisait ressentir, car après quelques temps elles m’ennuyaient. En vérité,ces choses m’ont plutôt rendu insensible, malades, elles m’ont appauvri dans toutes les dimensions ; quelque chose me disait « tu n’es pas complet, ça ne suffit pas« . Je ne les regrette pas du tout, je les présente juste tel quelles sont ou ont été.

Mais aussi, je vous assure que c’était dans mes moments d’ennui mortel que j’ai commencé à faire des choses géniales. J’ai commencé à chanter fort, danser, crier, déchirer des papiers et en faire des objets volants, dessiner, sur toutes les surfaces possibles dans la maison et à n’importe quel moment. J’ai commencé à courir derrière les oiseaux, appris à les chasser, leur tendre des pièges, j’ai appris à les différencier et appris par cœur leurs noms. J’ai appris à nager, à jouer avec les autres, faire des rencontres avec des personnes et des choses qui ont eu un impact très profond dans ma vie.

À l’âge de la puberté, j’ai dans l’ennui découvert ma passion pour l’écriture, la poésie, la musique, les femmes, les hommes et quelques années plu tard les sciences, la spiritualité et l’amour. Particulièrement, je veux préciser que c’est l’ennui qui me fait créer de nouvelles musiques ou chansons à chaque fois, un nouvel article dans ma page, une nouvelle vidéo sur le développement de l’individu. Et ceux qui ont expérimenté la créativité savent de quoi je parle et peuvent approuver avec moi qu’après avoir peint un tableau, composé une musique, un vide se crée, l’ennui nous envahit et hop! il faut créer à nouveau.

Donc plus je grandissais, plus l’ennui aussi faisait pareil, j’avais l’impression que la maturité avait un lien avec le degré d’ennui. J’ai fini par comprendre que oui et ceci parce que nos ambitions, nos projets, nos désirs de satisfaire ou de plaire sont tellement infimes et si minables qu’ils n’arrivent pas à épuiser notre intelligence. J’ai compris que l’ennui n’est que le cri de notre insatisfaite intelligence, qu’en fait, l’ennui n’est pas un démon comme me l’a toujours voulu fait croire le monde, mais qu’il est un potentiel, tu peux en faire un pied d’échelle pour la créativité, pour apprendre, se développer et par conséquent embellir ta vie et celle des autres , je veux dire le tout; ou alors tauto détruire et les autres avec dans des choses ou avec des choses pas nécessaires.

Tout dépend de toi, mais l’ennui, lui, restera éternel.

à propos de l´auteur

Kwalay

Mes écrits, ma musique n'ont pour but que de te mener à ta découverte, à ton silence.

2 Commentaires

  1. Coco

    Tu as très bien detaillé l’ennui qu’on voit beaucoup comme quelque chose de negatif , pourtant celui ci nous pointe les possibilités. Mais aussi nous devons l’embrasser
    Merci pour ce texte

    • Kwalay

      ah ok! 🙂

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